La fonctionnalité de rétractation devient obligatoire

Les acteurs du e-commerce doivent dès à présent anticiper une nouvelle règle issue du droit européen : à partir du 19 juin 2026, leurs boutiques en ligne devront intégrer une fonctionnalité permettant aux clients d’exercer directement leur droit de rétractation, lorsque ce droit est applicable.

🛒 Quels acteurs du e-commerce sont concernés ?

Cette réforme concerne tous les professionnels permettant de conclure des contrats à distance au moyen d’une interface en ligne (site internet, application mobile…), qu’il s’agisse de ventes de biens ou de prestations de services, dès lors que ces contrats sont soumis au droit de rétractation.

En pratique, cela concerne de nombreux acteurs du e-commerce proposant des biens ou des services aux consommateurs, notamment les boutiques e-commerce classiques.

⚖️ Une nouvelle obligation : mettre en place une fonctionnalité de rétractation

Les règles relatives au droit de rétractation restent inchangées sur le fond, mais la loi impose une nouvelle manière de l’exercer.

Ainsi, lorsque le contrat est conclu à distance au moyen d’une interface en ligne, le client devra pouvoir exercer son droit de rétractation directement depuis cette interface, via une fonctionnalité dédiée.

Il ne sera donc plus suffisant de fournir le formulaire type de rétractation, ni même de permettre au client de transmettre en ligne ce formulaire ou toute autre déclaration de rétractation : le client devra pouvoir se rétracter directement depuis l’interface, via cette fonctionnalité dédiée.

L’objectif poursuivi est clair : lutter contre certains parcours numériques asymétriques, dans lesquels un achat peut être réalisé en quelques clics, mais la rétractation nécessite un processus long ou complexe.

📝 Concrètement, à quoi devra ressembler la fonctionnalité de rétractation ?

Les articles L221-21 et D221-5 du Code de la consommation précisent comment cette fonctionnalité doit être conçue. On parle déjà d’un futur « bouton de rétractation », même si les textes n’imposent pas précisément cette forme.

👉 En pratique, la boutique en ligne devra prévoir le parcours de rétractation suivant :

1️⃣ Un accès clair et visible à la fonctionnalité de rétractation 

La fonctionnalité de rétractation devra :

  • être identifiée, de manière lisible, par les mots « renoncer au contrat ici » ou par une formule analogue dénuée d'ambiguïté ;
  • être affichée sur l'interface en ligne (utilisée pour conclure le contrat) de manière visible ;
  • être directement et facilement accessible au client ;
  • être disponible pendant toute la durée du délai de rétractation.

2️⃣ Une déclaration de rétractation facilitée 

La déclaration de rétractation disponible via la fonctionnalité devra être conçue de façon à permettre au client de fournir ou de confirmer facilement les informations suivantes :

  • son nom et son prénom ;
  • des indications détaillées permettant d'identifier le contrat dont il souhaite se rétracter (notamment s’il a acheté plusieurs biens et/ou services) ;
  • des indications détaillées concernant le moyen électronique par lequel il souhaite recevoir l'accusé de réception de la rétractation.

3️⃣ Une confirmation explicite 

Le client devra pouvoir confirmer sa déclaration de rétractation, via une fonctionnalité de confirmation identifiée, de manière lisible, par les mots « confirmer la rétractation » ou par une formule analogue et dénuée d'ambiguïté.

4️⃣ Un accusé de réception

Après validation, le professionnel devra adresser au client un accusé de réception de la rétractation :

  • mentionnant notamment le contenu de la déclaration de rétractation ainsi que la date et l’heure de son envoi ;
  • dans un délai raisonnable ;
  • sur support papier ou sur tout autre support durable (c’est-à-dire tout instrument permettant de stocker des informations afin de pouvoir s’y reporter ultérieurement, tel qu’un email ou un PDF téléchargeable et imprimable).

👉 En outre, le client ne devra pas avoir à surmonter d’obstacles inutiles :

  • pas de téléchargement d’application si le contrat n’a pas été conclu via celle-ci ;
  • pas de ré-identification inutile si le client est déjà connecté.

👉 Enfin, les conditions générales de vente ou de service de la boutique en ligne devront mentionner, outre les informations relatives au droit de rétractation déjà requises jusqu’à présent (existence, conditions, délai et modalités d’exercice du droit de rétractation, formulaire type de rétractation, etc.), l'existence et l'emplacement de la fonctionnalité de rétractation (art. L221-5, 7° C. conso.).

💻 CMS e-commerce, marketplace, paiement intégré : qui doit mettre en place le bouton de rétractation ?

En principe, l’obligation de mettre en place la fonctionnalité de rétractation pèse sur le professionnel qui conclut le contrat avec le client. C’est donc à lui de permettre l’exercice du droit de rétractation via l’interface utilisée pour vendre.

Cependant, cette logique se heurte rapidement à la réalité technique du commerce en ligne.

En effet, de nombreuses boutiques en ligne reposent aujourd’hui sur des solutions tierces standardisées : CMS e-commerce (Shopify, Squarespace, etc.), marketplaces (Amazon, etc.) et même réseaux sociaux avec paiement intégré (TikTok Shop, etc.).  

Or, dans ces cas, l’interface en ligne qui sert à la conclusion du contrat est partiellement ou totalement contrôlée par l’éditeur de la solution.

En pratique, il est très probable que les éditeurs de ces solutions tierces développent des fonctionnalités de rétractation.

Le professionnel devra cependant veiller à ce qu’une fonctionnalité de rétractation conforme soit mise en place par son prestataire (et à l’activer et la paramétrer le cas échéant). À défaut, le professionnel devra envisager un changement de solution.

⚠️ Quels sont les risques en cas de non-conformité ?

L’absence de mise en conformité ne constitue pas seulement un défaut technique : elle peut avoir un impact direct sur l’activité et la rentabilité d’une entreprise.

1️⃣   Des conséquences directes sur l’exercice du droit de rétractation

En l’absence de fonctionnalité de rétractation dédiée, le professionnel ne sera en pratique pas en mesure de satisfaire à ses obligations d’information précontractuelle relatives au droit de rétractation.

Or, lorsque les informations relatives au droit de rétractation (y compris celles relatives à la nouvelle fonctionnalité de rétractation en vigueur à compter du 19 juin 2026) ne sont pas fournies dans les conditions prévues par le Code de la consommation :

  • le délai de rétractation est prolongé de 12 mois à compter de l'expiration du délai de rétractation initial (art. L221-20 C. conso.) – en pratique, le professionnel peut recevoir des demandes de rétractation jusqu’à plus d’un an après la vente, avec un impact direct sur sa trésorerie et des retours de produits parfois invendables (hors saison, collection passée…) ;
  • la responsabilité du client ne peut pas être engagée en cas de dépréciation des biens, même si cette dépréciation résulte de manipulations autres que celles nécessaires pour établir la nature, les caractéristiques et le bon fonctionnement de ces biens(art. L221-23, al. 3 C.conso.) – en pratique, le professionnel ne pourra pas déduire du remboursement les conséquences de l’utilisation ou de la dégradation du produit(vêtement porté et lavé, livre abîmé, etc.), même en cas d’usage manifestement anormal, pendant toute cette période prolongée.

2️⃣ Des sanctions administratives

Le non-respect des obligations d’information précontractuelle peut par ailleurs être sanctionné par une amende administrative pouvant atteindre 15 000 € pour une personne physique et 75 000 € pour une personne morale (art. L242-10 C.conso.).

De plus, tout manquement aux dispositions du Code de la consommation encadrant les conditions d’exercice du droit de rétractation (par exemple, en l’absence de cette nouvelle fonctionnalité de rétractation dédiée, ou si celle-ci n’est pas conforme) peut être sanctionné par une amende administrative du même montant (art. L242-13 C. conso.).

3️⃣ Des sanctions pénales

Dans certains cas, par exemple si l’interface en ligne laisse croire à tort que le droit de rétractation n’existe pas, la situation peut relever du délit de pratique commerciale trompeuse (art. L121-2, 2°, g) C. conso.), sanctionné bien plus sévèrement (art. L132 et suiv. C. conso.).

👉 Comment anticiper dès maintenant la réforme : checklist pour les e-commerçants

Si vous exploitez ou développez une boutique e-commerce, il est indispensable d’anticiper cette évolution afin d’éviter toute non-conformité lorsque la réforme entrera en vigueur.

Concrètement, les professionnels concernés devraient notamment :

✔️ Identifier les différentes interfaces en ligne utilisées pour conclure les contrats concernés par le droit de rétractation (site internet, application mobile, marketplace…).

✔️ Pour chaque interface en ligne, faire développer une fonctionnalité de rétractation conforme.

✔️ En cas d’utilisation d’une solution tierce (CMS e-commerce, marketplace…), veiller à l’intégration d’une fonctionnalité de rétractation conforme ou changer de solution le cas échéant.

✔️ Mettre à jour les conditions générales de vente ou de service.

✔️ Tester le parcours de rétractation tant du point de vue utilisateur (UX) que du point de vue juridique.

En résumé

Cette réforme s’inscrit dans une évolution de fond du droit de la consommation, engagée depuis plusieurs années : le législateur ne se contente plus d’encadrer l’information fournie au consommateur (CGV, mentions légales, etc.), il intervient désormais directement sur la conception des interfaces numériques et des parcours utilisateurs.

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